le fantôme du quai d'en face : avant première au THERANGA (PARIS 17e) 11 NOVEMBRE 2008

le fantôme du quai d'en face : avant première au THERANGA (PARIS 17e) 11 NOVEMBRE 2008
Voilà : je m'appelle Jonazz. Je ne sais pas ce qu'il veut dire, mais il sonne bien. Jonazz. Je me demande pourquoi un nom devrait forcément dire quelque chose. Il y a des noms qui vous gâtent la vie dès que vous vous les mettez dans le dos. Un coup ils vous disent des choses, un autre coup ils vous chantent le contraire. J'ai connu un type qui s'appelait Jean-Pierre Queue de Poisson. Il n'arrêtait pas de se faire lapider à tous les coins de rue. Pour rien. Et tout ce qu'il entreprenait finissait toujours en queue de poisson : ses projets, ses amours, ces rêves. Un vendredi il décide de s'enfermer à double tour, pour voir par quel trou le diable allait entrer pour l'enquiquiner. Il est mort en queue de poisson dans son lit. Le lendemain j'ai changé de nom en vitesse. Sa mort m'avait effrayé. À l'époque je m'appelais Sounda : ce qui veut dire l'enfant né par les pieds. Je marchais tous les jours à pied. Sous le soleil. Sous la pluie. Dans le désert. Sur la colline. Je ratais tout : l'avion, le train, le bus, les examens, les filles, tout quoi.

Alors, j'ai essayé Jonass. Je l'ai essayé une semaine. Par précaution. Juste pour voir ce qu'il allait baragouiner. Un jour. Deux. Tout se passait bien. Je l'ai promené un peu partout. Il plaisait aux filles. J'étais aux anges. Les choses se sont gâtées la 2e semaine. J'étais cloué au lit : une petite grippe mal soignée. J'écoutais du Jazz. Soudain j'ai entendu un bruit vers la porte. J'ai levé les yeux. Un gros chien. Il avait la langue et les dents dehors. Il a foncé droit sur moi. Il s'est mis à me grignoter les pieds, à me renifler la culotte à grands coups de museau. Je me suis dit : ça y est, il va me bouffer la quéquette. J'ai commencé à pleurer dans ma langue pour l'apitoyer un peu. Mais tu parles, il fouinait de plus en plus. Soudain une voix, une petite voix qui sortait de ma petite radio : mon pote, change de nom, vite ! quoi, changer de nom, quel nom ? n'importe quel nom, vite, avant que la bête ne te fasse la chose. D'une main frissonnante j'ai mis nazze à la place de nasse, et j'ai crié comme un idiot : je m'appelle Jonazz ! Le chien s'est arrêté d'un coup, comme pétrifié. Il m'a regardé d'un ½il rompu et s'est sauvé. J'ai hurlé de joie. Jonazz venait de me sauver les couilles. J'ai décidé de le garder. Jonazz. Je suis le seul à m'appeler comme ça. J'ai vérifié tous les papiers : papier de paie, papier d'emballage, papier toilette, papier journal. J'ai épluché les placards du ministère des pompes funèbres et de celui des immigrés. J'ai fait les cimetières et les églises. Pas une seule miette de Jonazz.

J'ai entendu dire qu'il y a eu un Jonazz à Bilboa. C'est une île coincée autrefois entre les vagues tapageuses de la méditerranée et les flots enragés du Zambèze. Mais il paraît qu'un jour, les eaux sont montées sur leurs sabots, elles ont tout emporté, les hommes et les bêtes. Je suis content que ce fameux Jonazz n'ait pas survécu. Ah oui ! Il vaut mieux avoir un mort comme homonyme. Lui au moins ne viendra jamais vous faire payer les pots qu'il aurait cassés la veille. Quoi, vous ne connaissez pas l'histoire de Benoît, ce ramasseur de champignons qui se faisait passer pour le pape ?
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# Posté le jeudi 13 novembre 2008 18:37

brouillon de lettre d'un artiste aux ARTISTES D'ICI ET D'AILLEURS

brouillon de lettre d'un artiste aux ARTISTES D'ICI ET D'AILLEURS
N'ayez pas peur, c'est un vieux fusil de chasse. Je le porte toujours sur moi. Pour effrayer les voyous. J'y ai glissé 10 cartouches mouillées, mais eux l'ignorent. Que voulez-vous on se protège comme on peut. Bon, je ne vous dérange pas, j'espère ? Je recherche un brin de causette, juste un brin de causette. J'en ai ras le bol de rire tout seul dans mon coin en m'efforçant de penser à mes sottises de môme. Je me souviens : une fois, je devais avoir douze ans, j'ai passé près d'une heure dans les chiottes à triturer mon caca, la veille j'avais avalé, pour impressionner ma petite amie, une pièce de 5 centimes que ma mère m'avait remis pour acheter un bout de boudin à l'école. Voyez, je finirais dingo si ça continue.

Je vous dis, ne craignez rien. Je suis un fils du pays. Je suis installé sur le quai d'en face. Je suis là depuis six jours. J'attends quelqu'un. Un ami. On a fouillé les poubelles ensemble. Il est en retard. C'est pourtant pas un champion du retard. Il a dû lui arriver un pépin ou il s'est peut-être fait niquer la tronche. Non ? Nous sommes une époque où les gens se font niquer la tronche. Pour rien. Vous ne l'avez pas vu traîner dans le coin ? On ne peut pas le rater : à moitié chauve, la mine dégoûtée, un mètre et des poussières, les yeux bouffis de sommeil. Il a toujours une mallette sous les bras, comme la mienne.

Enfin pas exactement, celle-ci est plus lourde. Oh c'est normal, toute ma famille est cachée dedans. Regardez : grand-père Antoni qui buvait tout le temps, pour noyer son chagrin, sa femme est morte à l'âge de douze ans. Tante Loranda qui était plongeuse dans un restau japonais, elle n'arrêtait pas de casser les baguettes, on a fini par la chasser, elle est morte de dépression. Oncle Bangoura qui cassait des cailloux que l'Etat achetait pour fabriquer des routes qui s'arrêtaient à la porte de Pantin. Enfin mes chers parents, morts d'insomnie à force de se demander ce que le bon dieu foutait là-haut, et quel diable l'avait piqué pour nous fabriquer un pays aussi entortillé
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# Posté le lundi 02 juillet 2007 05:40

Modifié le jeudi 13 novembre 2008 18:35